Ça se bouscule dans l’hémicycle

Lorsque, petite, je regardais ou assistais à des concerts de musique classique, quelques instruments de l’orchestre me fascinaient, m’intriguaient même.
La harpe tout d’abord, car je la trouvais incroyablement gracieuse et imposante. Le piano parce que je me demandais quand (diable) mes doigts joueraient aussi vite (je me le demande toujours d’ailleurs). Enfin (et surtout !)
les « percussions du fond » : le triangle, la grosse caisse, les timbales…  Oui, ces percussions me tracassaient beaucoup. Comment un musicien au sein d’une telle harmonie de virtuoses pouvait avoir sa place en frappant 3 ou 4 fois par soir sur un triangle en métal ou une grosse caisse en peau ? Après tout, vous comme moi pouvions le faire ! Non ? Mmmh. Non.

Il n’y a généralement aucun touriste au sein d’un orchestre et encore moins parmi les grands orchestres. Chaque membre est un musicien professionnel, recruté scrupuleusement par le chef, quelque soit son instrument de prédilection. Un percussionniste ne joue pas que du triangle, des castagnettes ou des cymbales. Il est multicordes, ou plutôt « multipercussions ». Il peut jouer des instruments plus nobles comme le xylophone et sait manier les baguettes à la perfection. Les percussionnistes de renom existent : Paulinho Da Costa, Evelyn Glennie, Ray Barretto parmi les très très grands. Ou encore Martin Breinschmid, l’interprète viennois de la machine à écrire et du papier de verre de mon récent billet sur Leroy Anderson (cf. « Le dactylo de la musique classique »).

Il faut néanmoins préciser qu’au sein d’un orchestre, face aux cordes, aux bois et aux cuivres, les percussions restent bien souvent dans l’ombre de l’hémicycle. Injustement d’ailleurs, puisqu’elles font le rythme, le drama et la puissance d’un orchestre.
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Clarifions un peu les choses.

L’orchestre symphonique tel qu’on le connait aujourd’hui est un demi cercle de musiciens, ordonnés selon un ordre précis et rigoureux mais dont le nombre peut varier suivant les besoins des oeuvres interprétées. Chaque musicien est tourné vers le chef d’orchestre, qui a pour rôle de coordonner son groupe, de l’aiguiller dans l’interprétation de l’oeuvre, afin que le résultat soit le plus harmonieux et le plus fidèle possible à l’intention première du compositeur.

Quatre familles d’instruments composent l’orchestre : les cordes, les bois, les cuivres et les percussions. L’organisation est très visible sur la photo ci-dessus.

Le premier hémicycle entourant le chef d’orchestre est le groupe des cordes frottées. À gauche du chef se trouvent les premiers violons, c’est à dire les violons qui auront le rôle principal de l’oeuvre. Ce sont eux qui façonneront la mélodie. Au centre, les altos, qui ont une taille et une sonorité moyennes, comprises entre celles du violon et du violoncelle. Le violon étant le plus aigu et le plus petit des trois. À la droite du chef jouent les seconds violons, qui donnent l’écho, répondent ou accompagnent les premiers. Les violoncelles, donc les plus graves, sont placés derrière ces seconds violons.
De part et d’autre de ce demi-cercle, se trouvent les cordes frappées et pincées : à gauche le piano et la harpe, à droite l’orgue.

Restent alors les trois autres familles d’instruments.
Les bois tout d’abord – flûtes, hautbois, clarinettes, bassons et saxophones – sont placés au centre, derrière les cordes frottées. Ils sont ordonnés suivant les préférences du chef, en ligne ou en demi-cercle. Un cuivre les accompagne : le cor d’harmonie (vous savez, l’espèce de grosse trompette toute entortillée). Les autres cuivres – trompettes, trombones et tubas – sont à l’arrière, à côté des percussions.

La place de chacun n’a à l’origine rien à voir avec l’importance des musiciens. Elle est simplement la résultante d’une nécessité d’harmonie. Du chef d’orchestre aux percussions, les instruments jouent des sons les plus aigus aux sons les plus graves et les plus forts. Tout simplement afin que l’oreille puisse entendre parfaitement chaque instrument et profiter de l’oeuvre le mieux possible. Il n’en est néanmoins pas moins vrai qu’un violoniste aura toujours une place plus prestigieuse qu’un corniste. Le second homme de l’orchestre d’ailleurs n’est autre que le soliste des premiers violons, c’est à dire le musicien du groupe qui jouera les parties solo des oeuvres. Il tient un rôle important, puisqu’il représente l’orchestre auprès de son chef ou du public. C’est lui-même qui demande le « la » au piano ou aux hautbois lors de l’accord des instruments au début des représentations.
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Sur ce, je vous laisse avec cette interprétation du premier mouvement de la 5e Symphonie (1808) de Ludwig van Beethoven par le chef Claudio Abbado. Peut être la regarderez-vous d’un oeil différent. ;)


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