Un Opéra au Cinéma

Dans sa volonté permanente de démocratiser la musique classique, M. Alain Duault a lancé le 4 novembre dernier « Viva l’Opéra! ».


Le principe est simple :

1. Choisir un opéra très apprécié du public.
2. Sélectionner la meilleure des représentations filmées de ce dernier.
3. La diffuser dans des salles UGC partenaires un jeudi par mois, le tout à un prix bien inférieur aux prix pratiqués à l’opéra. (Mais tout de même plus cher qu’un cinéma normal : 10€ pour les moins de 26 ans, 28€ en plein tarif).

Le problème dans tout ça, c’est que moi, le jeudi, ça ne m’allait pas vraiment. Je me lamentais un peu de laisser passer toutes ces sorties opéra-ciné(-mcdo/resto?). Mais depuis ce début d’année tout à changé et j’ai pu donc tester pour vous cet amusant compromis.

Mon opéra-cobaye est Le Trouvère, un opéra de Verdi aux sonorités métalliques fracassantes et au dénouement ravageur. Bien sûr, une histoire d’amour impossible, noircie de jalousie et tiraillée par un terrible secret digne des tragédies de Sophocle.

L’opéra au cinéma, mode d’emploi

Craignant l’affluence, je réserve ma place sur internet. Rien de compliqué. Le site dédié est plutôt bien réussi. Je choisis l’opéra, le jour et le lieu (une seule représentation par cinéma), je suis les instructions, je règle ma place directement et l’imprime. Le billet format A4 n’est pas digne des billets d’opéra, mais à 10€ en placement libre, je ne me plains pas.

Le site de réservation signale ce qui suit :

« – Ouverture des portes à 19h.
– Pour le respect de l’oeuvre et des spectateurs, une fois la séance commencée, l’entrée en salle se fera à l’entracte.
– Un bar dédié proposant sandwichs, coupes de champagne et bouteilles d’eau vous accueillera avant la séance et pendant l’entracte. »

Wouhou, comme à l’opéra ! Mon impatience grandit.

Le soir-S

Mais au fait, comment je m’habille ? Je vais au cinéma, je porte ce que je veux. Oui, mais bon, je vais voir un opéra… Mmmh. Bon, tenue simple et classique.
19h10, arrivée à l’UGC Bercy. Une file spéciale est dressée pour Le Trouvère, au bout de laquelle un homme de la sécurité vérifie nos billets. Jusqu’ici, rien de plus normal. Je remarque au passage que certains de mes voisins de file ont directement acheté et retiré leur billet sur place.
Passé le gorille, mon oeil est irrésistiblement attiré par les jolies couleurs synthétiques du rayon bonbons. Une fois de plus, blocage. Bonbons ou non ? Bonbons, pas bonbons… Roh. Je suis au ci-né-ma. Alors bonbons. De toute façon, il n’en restera plus une fois la séance amorcée.
À lorgner tout ce sucre, j’en ai perdu mon chemin. Mais une jolie hôtesse me fait signe. « Pour l’opéra ? C’est par ici ! ». Arrivée au sommet du complexe, je me trouve nez à nez avec une seconde hôtesse. Vérification de ma place, petit sourire et proposition du « livret » gratuit. Proposition acceptée. Le livret n’est en vérité qu’une feuille plastifiée recto-verso sur laquelle figure une présentation de l’oeuvre et l’argument de chacun des actes, mais je trouve la démarche très plaisante. Un opéra ne s’apprécie pas à juste titre si on ne connaît rien de l’intrigue.
19h20, j’entre dans la salle. Une très grande salle, déjà bien remplie. Oui, mais moi je suis seule et la place en plein milieu de la rangée du milieu-haut n’attend que moi. En montant les marches, je me sens soudain très jeune. Très, très jeune. Des têtes grises à perte de vue. Ouhla, la démocratisation traîne des pieds. Hormis une jolie tête blonde haute comme trois pommes, les chances de trouver plus jeune que moi sont très faibles. La tranche 25-35 doit rassembler 10% de la salle, maximum. Les 55 et plus sont les plus forts ! Ma voisine – que je salue chaleureusement au passage – me le fait remarquer.
L’opéra commence dans 25 minutes. Pour nous faire patienter, pas de bande-annonce. Sur la toile blanche de l’écran géant est affiché « Viva l’Opéra! » et Radio Classique est retransmis en direct. Entre la lecture du livret, un rapide coup d’oeil aux opéras à venir, et mon agréable rencontre, je n’ai guère le temps de m’ennuyer.
Enfin, le noir inonde la pièce.
.

Un Trouvère, entre rivage et cafouillages

Avant la représentation en tant que telle, petite vidéo d’Alain Duault, disponible d’ailleurs sur le site internet. En quelques mots illustrés, il nous présente les deux premiers actes. Le schéma est répété à l’identique après l’entracte, pour les deux derniers.
La représentation choisie est magistrale. Opéra en plein air donné sur le lac de Constance, dans le décor impressionnant d’une usine pétrochimique rouge métallique. Les interprètes s’accordent parfaitement aux décors. Le son retransmis par micro, du fait du lieu, est presque trop clair.
Je remarque que des retardataires sont tout de même admis pendant la séance. Oh, on est au cinéma après tout. En revanche, j’aimerais beaucoup que les personnes derrière moi arrêtent de chanter dès qu’elles connaissent l’air, c’est fatiguant. Petit regard de tueuse, voilà.

Un petit problème technique est tout de même venu compliquer notre affaire. Les sous-titres. Ou plutôt l’absence de sous-titres. Je ne parle pas italien et je ne connaissais pas le livret suffisamment pour ne pas en être gênée. Et je n’étais pas la seule. Après 1h30 de devinette, la lumière revient, découvrant un homme parfaitement inconnu, micro en main. Le directeur du cinéma. Plates excuses à répétition. Les sous-titres sont arrivés trop  tard. Ils auraient été obligés de recommencer la séance à zéro et n’ont pas osé. En guise de lot de consolation : une invitation pour une séance au choix et une seconde invitation pour revoir Le Trouvère sous-titré en intégralité. Huhu, on n’a pas vraiment perdu au change. D’autant que les sous-titres furent bien présents pour la seconde partie, nous laissant profiter pleinement du triste dénouement.
Un petit point « LOL », lorsqu’à la fin des excuses du directeur, une voix s’est écriée « Et le son est TROP FORT ! ». Oui, la démocratisation n’est pas encore tout à fait à l’ordre du jour…

Verdict : Non, je n’ai pas pu dire « je suis allée à l’opéra », mais OUI, je recommencerai l’expérience. Jouir d’un très bel opéra sur grand écran, avec un son agréable, je ne m’en priverai pas.
.

Tout ce qu’il faut savoir de « Viva l’Opéra! » est ici !

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3 Comments

  1. inesica

    Petit coucou d’une autre jeune de 20 ans qui est allée ce soir a UGC a Lyon. Je suis déjà allée pour La Traviata, malheureusement, pour les autres opéras je n’étais pas en France, mais c’est une expérience a absolument ne pas manquer!

    Premièrement puisqu’il s’agit des grands classiques que chacun doit connaître, mais plus important c’est le fait que cela représente une renaissance de l’âme…un moment magnifique partagé avec d’autres passionnés de cet art sublime…

    Je recommande fortement!

    1. Petit coucou en retour ! Merci pour ton soutien et OUI profitons de Viva l’Opéra! La représentation d’hier soir était vraiment incroyable.
      A bientôt !

  2. A faire !! J’ai découvert un site qui répertorie toutes les sorties spectacle / opéra / … au cinéma !!

    spectacle au cinéma

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