Viva Sextus !

Le 7 février dernier, Viva l’Opera! (dont je vous parle ici) proposait une retransmission en direct de l’opéra Giulio Cesare d’Haendel depuis l’opéra Garnier. Casting de star avec Natalie Dessay en Cléopâtre. À 10€ ma place de jeunette, me voilà partie.

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Prélude

J’avais choisi pour l’occasion l’immense salle de l’UGC Normandie sur les Champs. L’équipe de Radio Classique est là. Et pas seulement. Une longue file attend sagement devant l’entrée du cinéma. Public assez varié, moyenne plus jeune que pour le Trouvère, mais moins jeune qu’à Lyon. UGC a mis les petits plats dans les grands. Charmant standing.
Septuagénaire à ma droite, quadra à ma gauche, mini-livret sur mes genoux, mmmh. J’ajouterais bien quelques Skittles colorés à ce tableau. « Ah, non, je suis désolé, pas ce soir ». Comment ça « Pas ce soir » ? « Mais nous avons des M&M’s ». … Etrange logique.

Et ce Jules César au fait ? Vaste question, car je dois l’avouer, je n’avais jamais vu ni entendu cet opéra. La surprise était totale. Seul son compositeur baroque m’aiguillait. Exit les opéras romantiques. Le spectacle de ce soir serait tout autre. Et, ouch, un poil long.. Quatre heures, deux entractes. Je savais que ces Skittles auraient du bon. Sapristi.
Forte de mes dernières lectures toutes en castrats et sonorités baroques, je me réjouissais de découvrir pas moins de trois contraltos dans la distribution, (cf. ici) dont évidemment le premier rôle masculin : César. Le grand et teigneux César en voix de fille ! Hihihi.

Mouvements

  • Une nuit à l’opéra

Loin des décors de l’époque, César et ses petits amis s’animaient au beau milieu des réserves du musée du Louvre, devant le regard halluciné d’une dizaine d’employés en salopettes. Une sorte de « Nuit au Musée » réadaptée à la sauce lyrique égyptienne. Et c’était délicieux. Trois parties, trois décors, qui s’adaptaient aux chants et ne manquaient pas d’humour. Imaginez ainsi un gigantesque portrait d’Haendel sorti de nulle part, apparaître derrière César lors d’un solo enflammé pour Cléopâtre.

  • MER IL ES FOU !

Cléopâtre et son frère Ptolémée ont hérité d’un même désir sexuel particulièrement exacerbé. Nudité de Natalie Dessay en trompe l’oeil sous une robe de mousseline blanche, quand elle ne dévoile pas un sein, tripotage de Ptolémée (Christophe Dumaux) par ses petites femmes et fellation par un de ses gardes – tout pour plaire aux vieilles dames ! J’aime laisser traîner mes oreilles un peu partout aux entractes, et ça n’a pas loupé. « Oh, mais tout d’même ! » « Han, non, il y a des limites ». Hihi. Les maris semblaient moins embarrassés.

  • Walk like an Egyptian

Mon petit préféré était le confident de Cléopâtre : Nirenus (Dominique Visse). Jupette, coiffe et chorégraphie égyptiennes, véritable caricature en hyéroglyphe ! Ajoutez à cela une voix de fausset, j’étais totalement sous le charme.

  • Déception royale

César (Lawrence Zazzo) et Cléopâtre m’ont en revanche déçue. Manque de poigne chez Zazzo, carrence vocale pour Dessay, les applaudissements discrets n’ont pas manqué de leur faire remarquer. Je me suis demandée si ce rôle n’était tout bonnement pas fait pour Natalie Dessay.

  • Travestie d’enfer

WA-HOU. Ovation générale pour Sextus, le rôle travesti d’Isabel Leonard (car voix d’enfant). Maîtrise parfaite du chant baroque si particulier. Une mezzo-soprano à surveiller de près !
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Isabel Léonard - Mezzo-Soprano américaine

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Point d’orgue – Attention DANGER

Dans ses chants, Cornélie répétait souvent être née pour pleurer. Remplacez « pleurer » par « soupirer » et saluez ma charmante voisine. Trois heures, TROIS HEURES de soupirs, avant d’ENFIN se décider à partir. Mais AAAH, pourquoi se forcer ? Je priais pour qu’elle parte dès la première demie-heure. Drôle de masochiste. Mais elle ne fut pas la seule à partir avant la fin…
Car, oui, les opéras baroques ne sont pas les plus accessibles. Les chants sont très longs et se répètent constamment. Les parties dédiées aux castratos doivent en outre permettre de révéler toute la souplesse de leur voix. Véritable gymnastique vocale. Rien à voir avec nos opéras italiens préférés.  Etrange choix pour Viva l’Opera!

Proposer un opéra en direct de Garnier avec Natalie Dessay, OH OUI. Mais gare au public ! Viva l’Opera! veut attirer un public moins averti, plus jeune. Un opéra si long et si spécifique peut davantage effrayer, voire rebuter, qu’inciter à revenir.

Verdict : vas-y avec des pincettes, petit mélomane !

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