Dans les coulisses d’ARTE Live Web


Par les moustaches de Plekszy-Gladz et les plus sombres entrailles de l’Internet 2.0, assister à un concert classique, jazz ou électro depuis son canapé n’est plus un problème. Mon récent « live-tweet from ma couette » du concert du Youtube Symphony Orchestra en direct de l’opéra de Sydney en témoigne. De même que le Digital Concert Hall du Berlin Philharmoniker, que j’ai évoqué à plusieurs reprises. Phénomène occasionnel pour l’un, connexion payante et relativement chère pour le second, rien là de bien alléchant pour les mordus de la scène. Laissez-moi alors vous présenter l’onglet « Classique » d’ARTE Live Web.

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Piqûre de rappel

ARTE Live Web est lancé en mai 2009. Nouvelle production de la chaîne franco-allemande, le site propose gratuitement la rediffusion ou la retransmission en direct de bon nombre de spectacles vivants et il y en a pour tous les goûts : concerts, festivals, pièces de théâtre, lectures, etc. De l’électro au rock en passant par la pop au détour d’un bon vieux blues, côté musique, pas de jaloux. Les mélomanes y trouvent leur compte.

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Classique en boîte

Apprécier le classique est loin de faire rougir ARTE. L’onglet n’est ni caché, ni écrit en police de mouche, il se hisse fièrement entre ses petits amis Pop Rock & Electro, Jazz & Blues.
Clichés 0 – ARTE 1.
A la une, Fauré, mon maître #couette, par l’Orchestre de Paris, ce grand fou de Dudamel et … Janine Jansen. Hm… Le concert rediffusé de Janine Jansen est tout simplement celui que je me lamentais d’avoir loupé. ARTE, tu marques des points.

Fil rouge d’ALW Classique : les quatre formations de Radio France – l’Orchestre National de France, l’Orchestre Philharmonique de Radio France, le Chœur de Radio France et la Maîtrise de Radio France. Concept simple : inviter un grand chef à diriger l’une de ces formations, y ajouter à sa guise un soliste de renom et ALW immortalise l’instant. La Province n’est pas oubliée. Les caméras d’ALW se déplacent au gré des festivals. Dernier en date : la Folle Journée de Nantes, manifestation désormais incontournable du genre.
Quant à vous, chers internautes, il ne vous reste qu’à cliquer. Cliquez autant qu’il vous plaira. Mais ne tardez pas. Les vidéos ne sont pas éternelles. Modeste prix à payer pour ce site entièrement gratuit.

Et si nous passions côté cour ?
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Salle Pleyel, Paris
Salle Pleyel, Paris

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Un soir à Pleyel

Ramdam rue du Faubourg St Honoré vendredi soir. Le jeune chef français – à ne pas confondre avec « inexpérimenté », précisons – Lionel Bringuier, vient diriger l’Orchestre Philharmonique de Radio France à la salle Pleyel. Au programme le Concerto pour piano n°2 en fa mineur de Frédéric Chopin, le Brésilien Nelson Freire au clavier, et la Symphonie n°5 en mi mineur de Tchaïkovski.

Dans la salle, six caméras pointent le bout de leur objectif, dont une entièrement consacrée aux mains du pianiste. Derrière, l’équipe d’ALW. Petite émulation en régie. « Le chef doit entrer en salle à 20h03, le la sera donné deux minutes avant. » Dans la pièce jonchée de malles de câbles, chacun est à sa place. Le conseiller musical et le réalisateur sont devant leurs écrans, armés de leur casque à micro et d’une étrange partition. A droite l’ingénieur vision et sa petite télé. Encore plus à droite, l’ingénieur du son et tous ses boutons. Ma curiosité de jeune première est aux aguets. « Et que se passe-t-il si j’appuie là ? ». Mais, je n’en fais rien. Je reste bien sage.
Silence… on joue.
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ALW @Pleyel - Régie avec le conseiller musical et le réalisateur
ALW @Pleyel - Régie avec le conseiller musical et le réalisateur

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Devant votre écran, vous êtes aux premières loges et ne manquez aucune partie « solo » de l’œuvre. Magie ! Ou presque…

Car ce soir à Pleyel, il n’y a pas un mais deux chefs d’orchestre. En scène, Lionel Bringuier à la baguette, en coulisses le conseiller musical. Devant lui, la partition de l’ensemble des instruments de l’orchestre, annotée par ses soins de petits post-its multicolores.

« Tutti orchestre. Attention pour la réponse des flûtes aux bois. Ensuite le piano très lent. … Réponse des flûtes, top ! … Attention pour le piano… Top piano ! »

Connecté aux cadreurs, il leur indique mesure après mesure les parties de l’orchestre à filmer, suivant la pertinence de leur jeu. A ses côtés, le réalisateur ajuste les informations et a le dernier mot sur les prises. Un peu plus loin, les « tictic » de l’ingé-vision cadencent l’instant et l’ingé-son bidouille sa table. Moi, j’ai du mal à quitter les écrans des yeux. Les doigts de Nelson Freire parcourent inlassablement le piano. Rien à voir avec Lars Vogt. Nelson est posé, son jeu est serein et réservé. Difficile d’en dire davantage. Le son en régie doit suffire à l’orchestration des caméras, et non à satisfaire mes petites oreilles. Je m’éclipserais volontiers quelques instants, discrètement, sans faire de bruit, juste pour goûter ces quelques notes.

Un geste met fin à mes rêveries. La main du conseiller musical oscille avec la mélodie. « Basson… top ! ». Mmmh. N’est-ce pas là un peu frustrant, pour un amoureux de la musique, un musicien pur et dur, d’être ici et non sur scène ? Je lui demanderai à l’entracte. L’orchestre salue justement. Suspense en régie. Y aura-t-il un bis du pianiste ? Les pronostics fluctuent avec les aller et venues de Nelson Freire. Bis, pas bis… Finalement, il n’y en aura pas. Vingt minutes de pause. Déjà l’épaisse partition de la 5e de Tchaïkovski a remplacé la précédente. Mais, je la suivrai depuis la salle. Il est d’ailleurs temps de m’absenter. Quant à ma question, « Je n’ai pas vraiment le temps d’y penser. »

Nelson Freire - pianiste brésilien
Nelson Freire - pianiste brésilien

Cinq sur cinq

Pour une fois, je suis au balcon. Chic ! ça change. Quelques siècles plus tôt en Italie, j’aurais pu vilipender et cracher sur la foule qui se tenait debout à l’orchestre. Et oui… les temps changent. (Trêve de bêtises, sachez que les opéras italiens du XVIIe siècle étaient de vraies ménageries. [1])

D’ici, la vue est imprenable, abstraction faite de l’espèce de barre métallique qui coupe mon champ de vision. (Sécurité avant tout). La salle est magnifique – murs blancs, fauteuils rouges (et confortables) et scène en bois clair. L’orchestre est en place – lumières tamisées, le la est donné. Frissons habituels. Le chef arrive. 5e Symphonie, Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Lionel Bringuier - Chef d'orchestre français (1986-)
Lionel Bringuier - Chef dorchestre français (1986-)

Les balcons ont cet avantage, qu’en plus d’entendre la musique, on la voit. Et la musique classique est belle. Lorsque l’orchestre est au complet, le concert est un véritable ballet d’archets et d’ondoiement des musiciens. Plaisir visuel d’autant plus agréable que l’harmonie du jeune chef Bringuier est élégante. Ses mouvements sont amples et fluides, structurés et ordonnés. Interprétation très séduisante pour 45 minutes de rêverie.

Oui, cessons un instant de qualifier la musique classique d’inaccessible et de compliquée. Lorsque je suis à un concert, je me pose rarement de questions. Si vous le souhaitez, parcourez le livret rapidement et imprégnez-vous du contexte, des sentiments exprimés, de l’intrigue s’il y en a une. Et lorsque sonne la première note, oubliez tout. Bien sûr, certaines œuvres sont plus complexes que d’autres, moins éloquentes, mais il n’est en général pas bien sorcier de déterminer quelle humeur planait lors de la composition du morceau. … Bref. Je m’égare.

Avant le point final, je tenais à saluer le public qui a joliment contribué au spectacle en créant un cinquième mouvement, le mouvement « toux ». Il est d’usage de se retenir de tousser pendant les interprétations. Dès lors, lorsqu’un mouvement est terminé, on profite du silence pour tousser autant que ses poumons le permettent, afin d’être bien sûr de ne pas avoir à le faire au cours du morceau suivant. J’exagère … à peine. Je ne sais pas exactement ce qui a bien pu encourager ainsi une telle expectoration générale, peut être la longueur du deuxième mouvement, quoiqu’il en soit le public a fait bel effet. Quelques rires ont suivi. Ah, fichue retenue. Nostalgie du XVIIe siècle, vous dis-je !
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Salve d’applaudissements et multiples courbettes plus tard, jetons un œil en régie. La seconde partie semble s’être bien passée. Les internautes ont pu profiter du spectacle sans fausse note. « La musique classique est toujours trop chère ! » Ben, tiens.

Merci ARTE.
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[1] Voir Patrick Barbier, Histoire des castrats, Grasset, 1988

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La rediffusion du concert est ici !

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