Jacques Mercier (Chef)

Entretien avec Jacques Mercier, ancien Chef de l’Orchestre national d’Ile de France, et Chef de l’Orchestre national de Lorraine depuis 2002. Un Chef de France pour la France.
– 13 mai 2011, Arsenal de Metz

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Chef Jacques Mercier
Chef Jacques Mercier (1945, -)

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Que détestez-vous dans le classique ?
Les mauvaises interprétations !

Être Chef au XXIe siècle ?  
Perpétuer une tradition, continuer à donner vie à un patrimoine et s’engager dans la création.

Que peut apporter la nouvelle technologie au classique ?
Mmmh, question difficile. L’amplification, surtout. La musique contemporaine est avant-gardiste dans ce domaine. Le classique doit essayer d’en tirer profit.

« Démocratiser le classique », en une phrase.
Démo- quoi ? C’est à l’éducation nationale de faire son travail ! Aujourd’hui, on va au plus simple, au plus commercial, le chiffre avant tout ! Le classique est tout son contraire…

« Musique classique contemporaine », musique ou art moderne ?
Je n’aime pas ce mot « classique ». De quoi parlons-nous ? D’une époque ? D’un genre ? La musique symphonique a toujours été « contemporaine ». Avec le temps, les genres évoluent. Bach, Beethoven, tous créaient, tous innovaient ! Nous vivons dans une société créatrice ! 

Avec ou sans baguette ?
Sans ! Depuis mon arrivée à l’ONL, je n’ai plus de baguette. Raison simple : la main qui tient la baguette ne peut être que rythmique. L’expression passe par une main libre. La baguette est rigide et monotone. Je préfère avoir les mains libérées pour faire passer le plus de choses à mon orchestre. 

La direction, language universel ou dialecte ?
Code universel teinté d’expression individuelle. Certains gestes sont immuables, le Chef se les approprie. Et plus on vieillit, moins on en fait. Je m’économise de plus en plus. Une direction simple est d’autant mieux comprise par l’orchestre.

Un orchestre sans chef, c’est quoi ?
Ça ne marche pas !! Il existe un orchestre très connu sans chef : l’Orpheus Chamber Orchestra. Bon. Il se débrouille. Mais il n’y pas de véritable interprétation ! Chaque musicien a son mot à dire. Une seule interprétation, quelle qu’elle soit, vaut mieux que la somme d’interprétations diverses ! Le résultat est réduit au plus petit dénominateur commun. Quel gâchi.

Côté public, chef apparent ou transparent ? 
Apparent bien sûr, mais sans démesure. Le Chef est le medium entre l’orchestre et la musique. Il doit faire corps avec son orchestre.  

Musique numérique ou 33 tours ?
N’exagérons rien. J’aime beaucoup écouter mes disques noirs, mes vinyls, mais c’est un peu fatiguant… Ça craque tout le temps, à la longue c’est insupportable.

Si vous deviez ne citer qu’un chef ?
Un seul ? Impossible !

Vous n’avez pas de modèle ?
Si bien sûr ! Mais j’en ai plus d’un ! Enfin, si je dois vraiment n’en citer qu’un seul, je dirai André Cluytens. Un chef français qui aimait le registre français. Je me veux moi même défenseur de notre patrimoine musical français. Les Français rejettent tout ce qui vient de France ! Il n’y a presque plus un seul chef français directeur d’orchestre national ! Pour bon nombre d’orchestres en France, être conduit par un chef français signifie qu’on n’a pas pu trouver mieux. Quelle bêtise ! C’est vraiment regrettable.

Un dernier mot pour les détracteurs du genre ?
Des gens de mauvais goût ! (rires)
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Le Chef est parti avec mon super pin’s « Play Liszt », et ses mots en valaient 1000. Merci Maestro !
Un grand merci au violon super-soliste Denis Clavier.

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