Démocratisation du classique (2)

Après une première expérience « artistique«   j’ai testé, sans le prévoir, la « démocratisation classique » sur le terrain.

Ma soirée de vendredi dernier, programmée depuis quelque temps, s’annonçait à merveille. Concert à l’Arsenal de Metz (ma salle madeleine-de-Proust) par l’Orchestre national de Lorraine et son chef Jacques Mercier. Liszt et Tchaïkovski au programme. Bien, bien, bien.

Arsenal de Metz
Arsenal de Metz

Sortie du bureau à 18h15, pour concert à 20h. 40km entre les deux, le jeu était plus que facile. Oui, mais non. Sortie des bureaux un vendredi. Patatra. Arrivée à Metz à 19h48. Ma bonne humeur s’était perdue en chemin, mais je gardais toujours espoir. Petite naïve… Un parking sous-terrain trop bas pour ma voiture (si, si) et un parking extérieur tranformé en fête forraine me firent définitivement perdre tout sens de l’humour. Liszt venait de me passer sous le nez. Adieu piano, rêveries, et volupté.

Arrivée à l’Arsenal avec 20 minutes de retard, je m’apprêtais à m’asseoir dans le hall et attendre sagement l’entracte.
Beaucoup décrient à tort le sacro-saint silence des concerts classiques. A tort, oui. Ce n’est pas par excès de zèle que la musique classique aime à être jouée dans des salles à l’acoustique parfaite dans le plus grand calme. Comment percevoir toutes ses nuances autrement ? Avant de chercher à « démocratiser » le classique à tort et à travers, il serait bon d’accepter ses singularités et la retenue du public n’est pas à vendre. 

Me voici donc dans le hall de l’Arsenal, billet à la main, à la recherche d’un petit banc. Une hotesse croise mon chemin.

– Vous souhaitiez un renseignement ?
– Oui et non. Je viens pour le concert qui a commencé il y a 25 minutes…
– Ah, vous avez votre place ?
– Oui, oui.
– Alors, suivez-moi.
– Gni ? Vous suivre ? … Je vais pouvoir entrer ?
– Oui, bien sûr. (petit clin d’oeil)

Démocratisation #1 : les retardataires peuvent entrer. Mmh, je crains les dérives à la « Palais des Congrès »… (cf. ici)
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Grande Salle de l'Arsenal de Metz
Grande Salle de l'Arsenal de Metz

 

Devant les portes d’accès aux balcons, l’hotesse tend l’oreille.

– Ah, super ! Ils applaudissent. Vite, entrez !

Me voilà propulsée dans le corridor qui longe les balcons. Le parquet craque affreusement. Je me dépêche d’atteindre un siège avant que le silence ne revienne. Impossible de m’asseoir sans obliger quelques personnes à se lever. Confuse, je m’assois la tête dans les épaules. Le pianiste vient de s’installer. Je n’ai manqué que la première sous-partie : la première valse du Méphisto de Liszt. Le Concerto n°1 pour piano et orchestre, en mi bémol majeur est pour moi ! D’autres retardataires entrent pendant le concerto. Vraiment étonnant, mais je ne peux m’en plaindre. Le parquet les trahit eux aussi.

Du balcon, j’ai une vue imprenable sur la salle. Les cheveux gris sont nombreux, mais, à mon grand plaisir un tantinet moins qu’habituellement. Je peux même compter une dizaine de très jeunes enfants. La majorité est aux balcons. Ici leur impatience risque moins d’importuner les spectateurs. Et si nécessaire, la sortie est proche.
Contrairement au public chiquement très (trop ?) chic de Luxembourg, les spectateurs sont ici habillés sobrement. Pas de tenue de soirée, ni de colliers de perles à rallonge. Simplicité. Un pied dans la désacralisation du genre. Et celui-ci est permis. J’aime les costumes pour les grands soirs. Pour le reste, restons modérés.   

Démocratisation #2 : couper court au vilain adage « musique classique, musique d’aristos ». 

Mon petit voisin gigotte un peu mais l’entracte approche. Je vais bientôt pouvoir rejoindre les  gradins. Chouette, chouette. L’acoustique en sera encore meilleure. Dernier coup d’oeil à cette magnifique salle et me voilà partie.

Gradins de l'Arsenal
Gradins de l'Arsenal


Ma place est assez en hauteur, côté droit. Je réalise le confort incroyable des sièges. Ouh, je suis bien ! J’attends impatiemment le retour du Chef. Des jeunes d’une vingtaine d’année m’entourent. A mes côtés, les fils du violon super-soliste, tous deux passionnés de musique. On va bien s’entendre. Derrière nous, quatre ou cinq étudiants du conservatoire. Je me sens bien encadrée. Et ma déception n’en fut que plus grande. Les étudiants avaient dû sécher leur cours de « bienséance ». Ils n’ont cessé de commenter la 5e Symphonie de Tchaïkovsky. Insupportables. Le respect des musiciens ne leur disait semble-t-il rien. Rrrrrhh.

Démocratisation #3 : commenter le concert en direct. Ah ça, JAMAIS !

L’orchestre entonne le dernier accord. Acclamation du public. Mes deux voisins lancent les « Bravos » si chers au classique. Et je les suis. Ce code-ci, j’y tiens ! 

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RÉSULTAT : Démocratiser le classique sans en aliéner sa singularité, pas facile.
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