Jean-François Zygel, intime

Avec pas moins de douze concerts, Jean-François Zygel occupe une place toute particulière dans la programmation « Gaveau Intime » de la célèbre salle parisienne. Le pianiste-improvisateur des fameuses Leçons de Musique, des Concerts de l’Improbable du Châtelet ou encore des sept saisons de La Boîte à musique, propose aujourd’hui au public de la salle Gaveau de redécouvrir six compositeurs « classiques » autrement. Il n’est plus ici question de leçons mais bien d’improvisation. Illustration.

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Jean-François Zygel © Franck Juery

© Franck Juery 

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Pour votre cycle de concerts à la salle Gaveau, vous avez choisi six compositeurs : Brahms, Bartok, Mozart, Debussy, Chostakovitch et Schubert. Pourquoi ces six compositeurs ? Représentent-ils pour vous quelque chose de particulier ?

Jean-François Zygel : Ce sont six bons amis à moi. Je les aime tous.

Brahms m’impressionne par sa profondeur et sa force. Rien d’extérieur, pas de « théâtre », pas de séduction facile. Un roc.

Bartok est un génie du rythme. Et puis il y a tout ce travail avec les chants et danses de Roumanie, de Hongrie, de Turquie et d’Algérie. Comme j’adore partager la scène avec des instruments des musiques du monde, je me sens particulièrement proche de lui.

Si Bach est le père, Mozart est le fils. Tout est grâce chez lui. Son invention mélodique semble inépuisable. Mais il y a aussi une grandeur tragique, surtout dans ses dernières œuvres.

Debussy pose le problème de savoir ce qui prime en art : la sensation ou le sentiment. Il nous offre l’espace et la suspension du temps.

Chostakovitch était mon totem quand j’étais petit, au point que pendant toute mon enfance et mon adolescence, ma mère m’appelait « Chosta ». De plus, il a accompagné pendant plusieurs années des films muets pour gagner sa vie, l’une de mes activités favorites depuis très longtemps !

Schubert, c’est le frère bien-aimé, souffrant et consolateur. Ses mélodies nous hantent, et se prêtent particulièrement bien à l’improvisation.

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Qu’est-ce qui vous incite à vous réapproprier ainsi les œuvres classiques ? Est-ce une manière de les réactualiser ? De les rendre plus proches du public d’aujourd’hui ?

JFZ : Je suis pianiste compositeur. Dans la plupart de mes concerts (que ce soit en en solo, en duo ou en trio), je ne fais pas appel à des thèmes du répertoire classique, ou alors très rarement. Soit j’improvise librement, soit je suis en rapport avec mes camarades de jeu, notamment lorsqu’il s’agit d’instruments de musique du monde.

Mais, il y a quelques mois, j’ai fait un concert en duo avec le violoniste Didier Lockwood qui m’a fait réfléchir. C’était pour la clôture du salon Musicora à Paris. Le thème était imposé : hommage à Debussy. J’ai adoré faire cela. Parfois nous sommes partis de petits motifs issus des œuvres de Debussy, parfois d’éléments de langage comme la gamme par tons, certains rythmes, ou encore certains accords caractéristiques.

C’est ainsi que j’ai eu l’idée d’une série entière de concerts d’improvisation en hommage aux grands classiques.

Je n’ai rien inventé : Liszt improvisait sur des thèmes de Bach, Beethoven improvisait sur des thèmes de Mozart, Bach improvisait sur des thèmes de Buxtehude…  et les pianistes de jazz improvisent sur les standards de Gershwin !

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Le jeune public fait malheureusement souvent défaut aux concerts classiques. Improviser sur un répertoire classique permet-il de rompre avec cette tendance ? Le public qui vous suit à la salle Gaveau est-il votre public habituel, celui des amateurs du pianiste compositeur que vous êtes ? Ou pensez-vous que l’improvisation sur des thèmes classiques rassemble davantage un public – peut-être plus fermé – d’amateurs de musique classique ?

JFZ : L’improvisation a toujours fait partie du monde de la musique classique, en tout cas jusqu’à la fin du XIXème siècle. Mais c’était un art éphémère : seules restaient les œuvres écrites. Aujourd’hui, grâce à l’enregistrement, au disque, à la radio et à Internet, on peut inventer de la musique et la faire connaître dans le monde entier sans la faire passer par l’écrit et par la partition.

Pour moi, improviser n’est pas qu’une performance. C’est un véritable travail de composition.

Les gens qui viennent m’écouter improviser apprécient (du moins je l’espère…) le fait de pouvoir être les premiers à écouter une musique en train de se faire sous leurs yeux (et sous leurs oreilles !)..

Ce n’est pas forcément le même public que celui qui s’intéresse exclusivement aux œuvres anciennes, au « répertoire », et qui ne vient la plupart du temps au concert que pour écouter des œuvres qu’il connaît déjà. C’est pourquoi, en proposant des concerts d’improvisation sur des « standards classiques », je pense pouvoir ouvrir l’improvisation à tous.

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Votre cycle de concerts est un peu le « fil rouge » de la programmation Gaveau Intime. Pourquoi avoir choisi la salle Gaveau ? Qu’est-ce qui vous a plu dans cette programmation ?

JFZ : Pour moi, la salle Gaveau, c’est un peu un retour aux sources ! Habitant juste à côté, c’est là que j’ai assisté à mes premiers concerts de musique classique, à l’âge de 10 ans.

C’est une salle « à taille humaine », à l’acoustique idéale, qui permet de s’adresser aux spectateurs sans micro… or vous le savez, il m’est difficile de tenir tout un concert sans parler !

D’ailleurs c’était la chose qui me frappait le plus quand j’étais petit : je ne comprenais pas pourquoi les musiciens ne disaient jamais un mot à leur public, pas même bonjour ou au revoir ! Je les trouvais très mal élevés.

Quant à la saison « Gaveau intime », elle me ressemble puisqu’on y entendra aussi bien du classique que du jazz, de la chanson yiddish ou le génial Jacques Higelin, avec une mention spéciale pour certains de mes camarades improvisateurs, comme Didier Malherbe ou Teddy Lasry, avec qui je partage régulièrement la scène.

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En tant que pianiste et pianiste-improvisateur, qui est (sont) votre (vos) modèle(s) ? Ya-t-il un ou plusieurs pianistes ou musiciens avec qui vous rêveriez de jouer ?

JFZ : Leonard Bernstein, Glenn Gould, Franz Liszt pour les premiers. Fazil Say, Uri Caine, Keith Jarrett pour les seconds.

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Pouvons-nous nous attendre à la suite de vos improvisations « classiques » salle Gaveau à la saison prochaine ou vous réservez-nous une autre surprise ?

JFZ : Quand j’entre en scène, beaucoup de sentiments, d’énergie, d’intensité s’engouffrent en moi. Mais jusqu’au moment où je m’installe sur la banquette devant le piano, je n’ai aucune idée de ce qui va se passer, de la musique qui va en sortir. Alors ne me demandez pas ce que je vais faire dans un an !

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Un grand merci à Jean-François Zygel

 

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One Comment

  1. L’improvisation est vraiment une manière particulière d’écouter la musique classique, et c’est justement ce qui pousse à aller aux concerts : c’est éphémère ! On sait qu’on aura aucun autre moyen d’apprécier le spectacle qu’en s’y rendant !

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