Les nouvelles Rencontres Musicales d’Evian, des rencontres humaines avant tout

Tiens, tiens, cela me dit quelque chose…

Ah, oui !

Folle Journée 2013 / Petite Classique - Quatuor Modigliani

Ca y est, vous dites-vous, je perds toute imagination. Voici que je recycle mes titres..
Lisez plutôt, vous comprendrez !

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Il y a quelques semaines, un festival oublié reprenait vie entre les quatre archets assurés du Quatuor Modigliani. Les Rencontres Musicales d’Evian, enfant chéri d’Antoine Riboud et de son ami violoncelliste Rostropovich, retrouvaient la Grange au Lac après quatorze années de silence. Quatorze trop longues années pour Franck Riboud, qui, accompagné de l’Evian Resort, souhaitait faire renaître le festival de son père et décida d’en confier la direction artistique au Quatuor Modigliani.

De (trop) (beaucoup trop) court passage à Evian, je rencontrais François Kieffer et Laurent Marfaing, violoncelliste et altiste du Quatuor, pour un entretien de « mi-parcours ».

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Cinquième journée déjà de ces « nouvelles » Rencontres Musicales d’Evian, comment cela se passe ?

FK : Très bien ! Avec ses quatorze concerts et notre envie de rassembler des artistes qui n’avaient jamais joué ensemble, cette première édition était un vrai pari.  Et il fallait respecter la tradition, le poids du passé était lourd !

LM : Oui, nous sommes très contents, le public est là, pour tous les concerts, même au Théâtre du Casino. Salle qui a d’ailleurs une très belle acoustique ! Lorsque l’on réalise que ces salles de plus de mille places sont remplies, c’est une très agréable surprise.

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Rouvrir les portes de la Grange au Lac…

FK: La Grange au Lac était une Belle au Bois Dormant qu’il fallait réveiller. Le temps du changement était venu. Il était temps de repartir avec un autre esprit. Un esprit humain. Nous avions tous envie de partager. Et c’est ce qu’il se passe ! Tenez, c’est ce qu’il s’est passé lors du concert de Grigory Sokolov. Ce concert était irréel ! Il nous a physiquement transportés.

LM : Oui, nous étions happés par ce qu’il se passait sur scène. Sokolov se consacre exclusivement aux récitals uniques depuis quelque temps. Il jouait Chopin ce soir là. Notre envie était que dans chaque concert, il y ait une pièce de Schubert. Alors en cadeau, il nous offrit un impromptu de Schubert. Manifestement il se sentait bien sur la scène de la Grange au Lac et il avait envie d’en profiter.

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Depuis combien de temps le festival se préparait-il ?

FK : Un an et demie. Nous étions invités il y a deux ans aux Rencontres Franco-Allemandes d’Evian. Pendant le dîner, le directeur d’Evian Resort est venu nous chercher « J’ai quelque chose à vous montrer ». Nous l’avons suivi, violons en mains. Il faisait nuit. Nous sommes entrés dans cette drôle de salle toute en bois. Les personnes qui nous accompagnaient ont allumé les lustres. Le choc… C’était irréel. Nous avons sorti nos instruments et avons entonné un menuet de Schubert. « Ca vous plaît ? » nous a demandé le directeur du Resort…
Ils nous ont fait confiance et nous leur avons fait confiance. Ils nous ont donné carte blanche, mais nous nous sommes appelés quasiment tous les jours ! Franck Riboud n’avait plus entendu de concert dans la Grange au Lac depuis 2000. Cela lui a lui aussi fait un choc de retrouver cette salle.  

LM : C’était une véritable renaissance et nous ne partions pas de rien. Tout est tellement bien géré. Tout marche tellement bien ! 

FK : Et en même temps on a déjà à l’esprit tout ce qu’il faut améliorer ! Il faut par exemple savoir gérer les annulations, comme celle malheureuse de Julie Fuchs, qui a été remplacée au pied levé par une superbe soprano coréenne. Les master classes sont également à développer. Il est très important de pérenniser cet univers. Nous devons peaufiner notre travail avec l’académie pour les prochaines années. 

LM : Tout le monde a accepté de jouer le jeu. Nous sommes heureux, les retours sont très positifs. 

FK : Et tout le monde ressort d’ici avec la banane ! Nous avons eu droit à un bel accueil et les artistes ont envie de revenir. Nous voulions un festival humain, je crois que c’est réussi. Nous avons par exemple demandé à ce que tous les artistes soient logés à l’Ermitage. A l’époque de Rostro, tout le monde était au Royal. Nous avions envie d’un espace plus confiné, plus intime. Oui, nous voulions vraiment un festival humain ! 

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C’est amusant, lorsque je vous rencontrais pour la première fois en janvier 2013 aux Folles Journées, le mot « humain » revenait déjà beaucoup.

FK : Oui, c’est ce que nous voulons. Il ne faut jamais oublier que tout peut se perdre. Nous cherchons à innover sans cesse, à nous dépasser sans cesse, mais sans jamais oublier que la « starisation » n’est pas notre but. 

ML : L’excellence en toute simplicité ! Nous nous faisons confiance, nous parlons d’une voix mais chacun donne son avis, jusque dans les moindres détails. Nous sommes très exigeants et nous sommes en même temps très sensibles aux attentions particulières. Aujourd’hui, aux Rencontres, nous avions envie que les artistes se sentent chez eux.

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Comment forme-t-on des ensembles 
ad hoc ? Des rencontres entre des musiciens qui se connaissent mais n’ont jamais joué ensemble  ?

FK : C’était un pari. Allaient-ils l’accepter ? Nicholas Angelich n’avait jamais joué la Truite de Schubert. Les jeunes violoncellistes Edgar Moreau et Pablo Ferràndez s’affrontaient en concours encore peu de temps avant de jouer ici, ensemble pour la première fois, sur la scène du Théâtre du Casino. Et pour l’instant tout a fonctionné !

ML : Nous voulions des gens humainement exceptionnels. Mais fallait-il encore qu’il s’adaptent ! 

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Petite question générale pour finir. Ce festival en est sûrement la preuve, le classique n’aime-t-il finalement pas mieux vivre sur scène qu’être mis en boîte ?

ML : Si, bien sûr. 

FK : Le disque est un souvenir, la photographie d’un moment donné. Il n’est qu’un support. Sur scène, le public nous donne énormément. Et nous devons lui donner en retour. C’est d’ailleurs pour remercier le public évianais qu’un concert gratuit sera donné à l’occasion du 14 juillet et de la clôture du festival. Un concert sur le lac Léman mêlant classique et électronique, par Jean-Frédéric Neuburger et Francesco Tristano. Nous espérons que cela plaira !

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Propos recueillis le 13 juillet 2014, à Evian

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Merci infiniment au Quatuor Modigliani et longue vie aux RME !

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– Prolongez l’entrevue avec cette vidéo du Quatuor enregistrée par Qobuz peu avant l’ouverture du festival.


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