Va, pensée, sur tes ailes dorées

En ces jours sombres où certains voudraient faire taire la musique comme ils voudraient anéantir notre liberté et notre âme, jamais je n’ai autant ressenti le besoin de vivre. Profiter de chaque instant. Aimer, rire, voyager, plus que de raison. Mais pour quoi faire de plus ?

Je ne connais rien à la peur de la mort. J’ai grandi dans l’insouciance d’une jeunesse heureuse, où je n’ai appris qu’à aimer et être aimée. Je ne sais pas ce qu’est de voir un proche tomber sous les balles, fuir la barbarie, réchapper à la torture. Je suis née à la fin des années 80 dans une petite ville française. Je ne connais la guerre et l’horreur que dans les livres d’Histoire, les journaux, les reportages, les témoignages de mes grands-parents ou dans les films. L’atrocité est filtrée. Je n’ai qu’à éteindre ma télé ou ignorer les notifications de mon téléphone. Elle est pourtant si proche et si intense.

J’ai grandi dans un monde où le malheur arrivait aux autres, plus ou moins loin de nos frontières. Un monde où les gens qui souffrent sont qualifiés de « pauvres », de « réfugiés » ou encore de « migrants », quitte à oublier qu’ils sont avant tout comme vous et moi, des hommes. Ils n’ont simplement pas eu autant de chance. Un monde où la rentabilité passe avant l’humanité. Sans doute est-ce ainsi depuis toujours. Je n’en sais rien.

Dans mon bonheur, ce monde me fait mal. Ma chance de liberté, d’éducation et d’amour me rend honteuse, voire malheureuse. Quel comble.

Oh, j’ai eu ma part de malheur et de pleurs. La maladie a emporté mon papa il y a plus de dix ans, à un âge beaucoup trop jeune pour les standards occidentaux actuels. Et chaque année à Noël, je compte un couvert de moins à notre table familiale. C’est la vie. Je n’y peux rien. La maladie est sans doute la seule réalité devant laquelle je me sens légitimement impuissante. Alors que la barbarie humaine, l’obscurantisme, l’intolérance… Sérieusement ?

Vous me trouvez idéaliste. Naïve. Stupide peut-être. Soit. Je suis une rêveuse. Oui, c’est ridicule. Je le sais d’autant plus que ma vie est bien loin de mes rêves philanthropiques. Et pourtant chaque matin en regardant la beauté du monde s’animer, je me demande comment l’homme peut être parfois si ignoble. J’allais utiliser le mot « inhumain », mais je crois que seul l’humain est capable de telles atrocités.

Que faire, que dire, que penser. Je ne sais pas. Pas encore. Je suis révoltée, comme vous. Je me sens mal, comme vous. J’ai tant besoin de me rendre utile. Je ne prendrai jamais les armes, du moins je l’espère. Ma seule action pour l’instant est futile. Inutile sans doute. Je pense à vous tous, meurtris à tout jamais par la cruauté des autres. Je prie pour plus de joie et de légèreté. J’aimerais vous dire à quel point je vous trouve courageux, autant que je me sens lâche. A quel point la vie me dégoûte, autant qu’elle me fascine. Je sais que ces mots ne servent à rien, mais aujourd’hui j’avais besoin de me confier et de vous dire que jamais je n’arrêterai de rêver, car le rêve est celui qui nous fait avancer et nous donne l’espoir d’un monde meilleur.

Que toujours une petite place soit gardée pour notre âme d’enfant.

Affectueusement,

Petite Classique

* Va, pensiero, sull’ali dorate » Verdi, Nabucco (1842)

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3 Comments

  1. L’humain ne change malheureusement pas ou peu… Au moins la musique reste là pour nous libérer.

    Bonne années à toi et bon courage.
    Une personne qui rêve un peu trop aussi.

  2. Penser et écrire n’est jamais futile, c’est ce qui fait l’homme.
    Bon courage à toi pour la suite.

  3. Bonsoir,
    Voilà un blog comme je les aime avec des spécialistes émérites qui savent de quoi ils parlent, et je souhaite, si vous le permettez, mettre un lien de celui-ci sur notre site web : http://a-1-one-radio-web-broadcast.blogspot.fr/ pour que nos auditeurs puissent le visiter souvent.
    Très cordialement et musicalement
    Did MERCER music director
    A.1.ONE.RADIO.WEB.BROADCAST

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